Le cas Fatkini

Notre nouvelle chroniqueuse Elise interviendra régulièrement sur ce blog et abordera différents thèmes, parmi lesquels la confiance en soi, le poids, la body acceptance, etc. 

Vous n’avez pas pu le rater : non seulement les sites de mode grande taille et les blogueuses rondes en ont parlé, mais même les médias tout public ont relayé l’info (MadmoizelleAufeminin, Glamour…) La blogueuse américaine Gabi Fresh s’est associée au site de vente en ligne de maillots multimarques Swimsuitsforall pour créer le Fatkini : un bikini à la culotte taille haute décliné en grande taille dans des imprimés originaux (galaxie, fluo…) Une rareté dans un paysage de la mode bain grande taille assez tristounet, vous en conviendrez ! Comme le dit Glamour dans une magnifique tournure qui révèle bien que le reste du temps, les grandes tailles, il s’en fiche comme de ses premières Louboutin : Comment font les Big Beauties pour avoir un maillot looké ? Apparemment, l’équation grande taille et design cool est rare. Il est vrai que se demander comment fait la moitié de la population féminine qui s’habille en 42 et plus pour trouver un maillot sympa est beaucoup moins intéressant que de proposer 100 modèles différents en taille 38 dans ses pages mode.

Bref, le succès du fatkini fut tel que le maillot-phare de cette collection, celui à l’imprimé galaxie vu un peu partout sur la toile (et par exemple sur la blogueuse belge Blog to Be Alive), était sold-out en 24h sur le site. Effectivement, Gabi a mis un coup de frais dans la mode grande taille : le choix de l’imprimé et des couleurs prouvent bien que l’audace paie aussi sur le marché des rondes ! Par contre, le choix du terme fatkini a divisé en France, alors qu’il est passé inaperçu aux Etats-Unis.

Certes, un fatkini, ce n’est rien d’autre qu’un bikini taille haute, comme on en voit un peu partout depuis quelques saisons, grâce au grand retour du rétro. Et les bikinis taille haute se déclinent aussi bien en 36 qu’en 56. Ce qui a un peu gêné ici en France, c’est le concept du bikini pour grosses, alors qu’un bikini reste un bikini, peu importe la taille. En effet, c’est bien de faire attention à la ghettoïsation des grosses. Je pense que beaucoup de filles rondes aimeraient dans l’idéal que les boutiques grand public déclinent leurs vêtements dans toutes les tailles, sans faire de corners ou des collections spéciales pour la grande taille. En gros, on est toutes pareilles, et on aimerait porter le même genre de choses, et surtout s’habiller au même endroit, sans être stigmatisée.

Oui mais voilà : les marques répondent généralement que l’on n’habille pas une fille en 38 comme une fille en 52. La coupe du vêtement doit souvent être un peu adaptée, sachant que pour une taille donnée, la morphologie de deux filles rondes sera très différente selon la façon dont le poids s’équilibre sur la silhouette. Et puis, il y a le facteur cool. Très peu de marques s’aventurent au-delà du 44 aujourd’hui en France. On a beaucoup pointé du doigt récemment le PDG de la marque Abercrombie, qui a déclaré ne pas vouloir voir de filles grosses dans ses vêtements. Mais qu’en est-il de la majorité des marques de prêt-à-porter françaises ?

Là où le terme fatkini proposé par Gabi Fresh est une idée de génie, c’est qu’il rend cool quelque chose de globalement considéré comme pas cool : la mode grande taille. Il met les grosses et leurs fringues sur le devant de la scène, en fait le sujet de discussion du moment dans toutes les pages mode. Alors oui, ça passe (encore) par une différenciation grosse et pas grosse. Mais c’est un joli pied de nez à la mode en général, qui ignore généralement ce qui se passe au-delà du 42 (à quelques exceptions près évidemment, comme les jolies Pauline et Julie par exemple).

L’utilisation du terme fat, c’est-à-dire gros, a également pu choquer en France. Aux Etats-Unis, la body acceptance, c’est-à-dire le mouvement qui consiste à assumer et accepter son corps comme il est, a fait beaucoup plus de chemin que de ce côté de l’Atlantique. Si les choses ne sont pas encore parfaites, il est beaucoup plus simple de s’y revendiquer gros. Oui, on est gros. Oui, on est heureux et on se plaît. Les fatshionistas, l’équivalent de nos blogueuses rondes à nous, l’ont bien compris et surfent sur la vague en s’auto-désignant grosses et amoureuses de mode. Si on est bien d’accord que notre poids et notre silhouette ne nous définissent pas, ça fait tout de même plaisir de voir des filles mettre les pieds dans le plat et accepter leur corps, tout en maîtrisant parfaitement les codes de la mode standard.

Le concept fatkini, c’est un maillot spécialement pensé pour flatter la silhouette des grosses, par définition différente de celle des minces. On peut ne pas aimer la forme taille haute de la culotte, on peut regretter qu’au final, le bikini pour grosses consiste surtout à cacher ce ventre et ces bourrelets qu’on ne saurait voir, alors qu’ils n’ont rien d’inesthétique en soi, mais saluons cette assurance et cette acceptation de soi : oui, je suis grosse. Et alors ? Maintenant foutez-moi la paix, je vais aller boire un cocktail et bronzer autour de la piscine dans mon fabuleux maillot de bain.

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