Plus d’excuses

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Notre nouvelle chroniqueuse Elise interviendra régulièrement sur ce blog et abordera différents thèmes, parmi lesquels la confiance en soi, le poids, la body acceptance, etc. Voici son premier article !

Avant d’explorer sur Internet les questions du rapport au corps, de la beauté et de l’acceptation de soi, j’étais une grosse embarrassée. Je le suis encore parfois, mais beaucoup moins souvent. L’embarras, la gêne, la honte. Ce sont les sentiments qui dominent une bonne partie de ma vie de grosse. Je ne sais pas si ce fut aussi le cas pour vous. Mais j’ai passé beaucoup de temps à m’excuser d’être là.

Dans de nombreux aspects de ma vie quotidienne, j’ai éprouvé et j’éprouve encore parfois de la culpabilité. Quand je vois que mon voisin de métro est un peu serré sur le siège à côté de moi. Quand j’ai l’impression que les gens dans le bus choisissent plutôt d’autres sièges que celui à côté du mien, car ils auront plus de place. Quand le strapontin à côté du mien ne remonte pas et reste baissé à cause de ma fesse droite. Quand je dois demander à quelqu’un d’avancer sa chaise pour me laisser passer au restaurant. Quand on monte à trois sur la banquette arrière d’une petite voiture et qu’on est serré à cause de moi.

Etant ado, j’étais déjà grosse, moins qu’aujourd’hui mais suffisamment pour que j’aie une conscience aiguë de mon corps différent de celui des autres. Une fois, j’étais avec des amis, et on a escaladé la grille d’un parc pour y rentrer. J’ai complètement paniqué. C’était une grille assez basse, peut-être un mètre cinquante de haut. J’ai eu trop peur de ne pas y arriver, de rester coincée, de passer pour une idiote devant les autres. Mais en même temps, je ne voulais pas rester en arrière toute seule à cause de mon poids. Alors, j’y suis allée en dernier. J’ai eu du mal, mais j’ai réussi. Une amie est gentiment restée en arrière pour m’attendre. Je n’arrêtais pas de m’excuser de l’avoir fait attendre, mais aussi, dans mon for intérieur, de l’avoir fait assister à ce spectacle pathétique.

Mais le sentiment de culpabilité et de gêne ne s’arrête pas là. Pendant longtemps, je n’ai pas réussi à accepter les compliments. Je les écartais d’un geste de la main et les prenais pour des manifestations de pitié. J’avais envie de m’excuser de ne pas faire partie des « jolies filles » en soirée. Je me mettais en retrait dès qu’il y avait une situation socialement difficile pour moi, comme par exemple danser à une fête. Je m’inventais des histoires de cœur pour ne pas que les gens se sentent embarrassés face au néant sentimental de ma vie.

Le pire restait bien sûr la nourriture. En public, je me sentais toujours obligée de me justifier au moment de manger un biscuit ou une portion de frites. Je n’ai pas déjeuné ce midi. Je meurs de faim, je suis allée courir ce matin. J’ai longtemps été assez sportive, mais quand j’ai arrêté le hand, je continuais parfois à me servir du sport pour excuser mon appétit et ma gourmandise. Souvent, je disais Non mais à partir de maintenant, je vais faire attention. C’est vrai qu’en ce moment je fais n’importe quoi, mais j’ai décidé de faire des efforts. Comme si le moi présent n’était pas vraiment moi, mais plutôt l’ébauche de la personne mince que j’allais devenir. Comme si j’étais en transit, en progrès vers un état de grâce et de normalité. Comme si le surpoids était forcément une situation passagère à laquelle il fallait remédier.

C’est épuisant de s’excuser tout le temps. Epuisant de se justifier, de faire attention à ne pas gêner, de se faire oublier et de s’en vouloir de tout et de rien. Ne pas vivre en paix avec soi-même est un cercle vicieux qui vous rend malheureux. Et j’ai été malheureuse à cause de la honte que je ressentais vis-à-vis de mon corps.

Parfois, je la ressens encore ponctuellement, par bouffées. Le sentiment familier d’embarras me fait un peu vaciller et je sens la culpabilité réapparaître au loin. Mais globalement, aujourd’hui, je sais la tenir à distance. Parce que grâce à de saines lectures, à des réflexions personnelles et à des gens que j’ai rencontrés, je sais qu’il n’y a pas de quoi avoir honte. Il n’y a aucun problème avec mon corps. Les autres n’ont pas à avoir un problème avec mon corps. Il ne les regarde pas. Mon corps est en bonne santé, fonctionnel. Il me rend toutes sortes de services et m’apporte toutes sortes de plaisirs. Il peut être beau, je le sais. Parfois, comme tout le monde, je me trouve moche, mais souvent je me trouve jolie, quand je porte une jolie robe, quand je me suis maquillée, quand j’ai réussi quelque chose qui me tenait à cœur. Je me souris dans la glace et je vois tout ce qui ne me plaît pas dans mon corps. Mais je vois surtout la personne que je suis et dont je suis fière. Et je me trouve belle.

J’ai arrêté de m’excuser pour rien. Si le monsieur derrière moi doit avancer sa chaise pour que je passe, c’est peut-être qu’il était trop reculé de toute façon. Si on est serré sur la banquette arrière, c’est que la voiture est petite, et puis ce n’est pas grave. Si mon voisin de métro a moins de place, c’est que les sièges sont étroits, ce n’est pas de ma faute, il s’en remettra. Si aujourd’hui je devais à nouveau franchir cette grille de parc, je m’en approcherai sans hésiter, à fond, en riant de mes éventuelles difficultés. Personne autour de moi ne se sentirait gêné, même si je n’y arrivais pas, parce que moi-même je ne serai pas gênée. Et je ne m’excuserai plus.

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One thought on “Plus d’excuses

  1. Pingback: No more excuses | viksenlingerie

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